Témoignage : « Ma 3ème mission au Maroc avec EHM » par Sophie Gardinier

2011
04.27

Nous avons repris le fourgon, prêté par Xabi le berger.

Il était un peu malade le fourgon, nous aussi d’ailleurs, mais bon, nous avions prévu de distribuer le fruit de nos collectes dans 4 endroits différents, il fallait foncer.
Mikela, Marie-Hélène et moi avons pris la route le mercredi soir après le travail et avons tracé la route jusqu’après Madrid. . Puis en route vers la frontière. Nous avons cherché la sortie 112, où les billets de bateaux sont moins chers.
Il n’y avait de départ, ce soir là, que pour Ceuta ; nous avons hésité entre partir ou dormir à Algésiras (Mikela était restée une fois bloquée 17h. à la douane de Ceuta).
Concertation entre « gazelles » on continue la route, donc… Ceuta !

Mal nous en a pris, rebelote !

Normal, on ne fonctionne pas au bakshish, comme tous ces fourgons pleins de ferrailles et fringues usées qui ont allègrement passé la frontière tandis que les douaniers se tapaient dans les mains (après avoir soigneusement planqué les billets).
Nous, bizarrement, on avait un papier qui soudainement manquait d’une signature, une porte latérale qui ne s’ouvrait pas, enfin, ils trouvaient toujours quelque chose !
Quand ils ont voulu nous faire décharger le fourgon en pleine nuit, tout en nous interdisant d’aller aux toilettes, Mikela a mis le moteur en marche et indiqué au douanier qu’elle allait faire demi-tour et tout donner aux enfants terriblement pauvres et affamés à la frontière espagnole.
Après une nuit serrées comme des sardines dans le fourgon, Marie-Hélène a trouvé un vendeur de café à la douane, Réflexion… pas de déchargement (il avait fallu 6h de travail pour tout faire rentrer !).
Le lendemain, le directeur de l’école et l’institutrice, Kaltoum, sont venus discuter, signer, régler, décharger, et… recharger en douce,,, puis nous avons pris la route pour le douar El Mouchen.

1h et demie de piste, nous avait-on prévenues.

En fait, 3h à flanc de montagne (Les cols basques sont de petites collines à côté), des virages à angles droits, la boîte de vitesse qui lâchait de temps en temps ; une descente vers le ravin où j’ai du sortir du fourgon (« on est en train de se foutre en l’air, au moins qu’il n’y ait qu’une victime »), « rattrapé » par des gens, sortis soudainement d’on ne sait où, armés de grosses pierres à mettre aux roues arrières pour bloquer le fourgon… de justesse… à quelques centimètres du vide. Ouf !
Arrivées au Douar, voyant d’huile au rouge…
Le conducteur du fourgon qui transporte les habitants (et les vivres et autres…) au douar et quelques hommes se sont mis sous le véhicule et ont bricolé une réparation de fortune – qui a tenu -.
Puis un repos bien mérité dans le petit logement de Kaltoum, l’institutrice heureuse d’avoir des invitées pour la première fois, où des femmes du douar ont apporté ce qu’elles avaient (leurs richesses) : eau chaude, pain, œufs…

Le lendemain, nous avons vidé le fourgon, en désordre après le passage à la douane (car on a dû quand même finir par le vider le matin et… laisser quelques paquets…), pour bien différencier les différentes collectes : le douar, l’école, l’orphelinat, la vallée de Dadès (où nous n’avons pu nous rendre faute d’une météo clémente).
Les enfants, étonnés de voir arriver des étrangers au douar (pour la 1ère fois), ont aidé au transport, les yeux brillants en voyant les livres, jouets, vêtements. Ils ont concrétisé leurs cours et ont commencé à échanger en français.
Pour nous faire comprendre, nous faisions les clowns.
La distribution a été joyeuse, chacun des 40 petits a reçu un kit-cartable, une doudoune, une tenue de vêtements, un cadeau. Certains adultes ont eu des « cadeaux » primordiaux, comme un k-way ou une paire de chaussures (un homme n’était pas allé au souk depuis des années à défaut de chaussures).

Nous avons demandé au chauffeur habitué à la piste de redescendre le fourgon, Mikela trouvant que nous étions arrivées là-haut par miracle.

La sortie du douar a d’ailleurs été très compliquée, dans ces chemins tortueux, boueux et caillouteux.

Le lundi, arrivée à l’école Mouad Bnou Jabal (bidonville Sidi El Khadir à Casa).
Remise de cartables neufs, de fournitures scolaires diverses, de livres de bibliothèque, de jeux et de 16 unités centrales d’ordinateurs (non neuves et que nous devons faire réinitialiser) pour mettre en route une salle informatique.

Nous avons rencontré les équipes enseignantes, les enfants parrainés à qui nous avons remis leurs colis et fait le point sur leur situation.
Le mardi, rencontre avec le directeur du collège où vont les enfants les plus grands afin de faire le point sur leur évolution et remise de cartons de  livres pour le CDI.

Visite au CDI du collège.

J’ai enfin rencontré Otman, mon filleul*, qui s’est serré contre moi comme à une bouée. Emotions…

Nous restons des journées entières à l’école, car il est important de rencontrer les enfants, leur famille, de découvrir un peu leur vie, leurs problèmes, et essayer de trouver des solutions. Les yeux tristes de certains sont poignants.

Emotions encore quand une institutrice est arrivée, nous demandant d’aider un petit, battu par son beau-père, affamé, en haillons.

Par bonheur, une personne venait de le parrainer et nous lui avons donné de quoi s’habiller, un cartable, des jouets, ce qui a mis un sourire d’espoir sur sa petite bouille.

Emotions encore et encore, et nous n’avions pas fini ! Nous avons pris la route d’El Jadida afin d’y déposer des jouets, vêtements, couches à l’orphelinat « crèche du docteur Sebban ».
Sachant que ce qui nous attendait allait encore nous remuer, nous avons été déguster une paëlla chez « Cousteau » (ça ne s’invente pas !).
Effectivement, les bébés groupés dans le même lit à barreaux, les enfants handicapés, les ados, nous ont vraiment touchées.

Voyage intense, fatiguant, rempli de bonheurs, de sourires ; nous avons beaucoup dormi en rentrant, mais nous allons repartir, le 13 avril, avec toujours le même enthousiasme, et désormais ajouter le douar et l’orphelinat à nos missions ponctuelles.

 

Sophie Gardinier.

 

* un parrainage c’est :

- 20€/an d’adhésion à l’association + 50€/an pour l’achat des manuels scolaires et de la tenue de gymnastique (géré sur place par EHM) ;

- fournir un kit-caratble complet en juin pour la rentrée suivante ;

- et (facultatif) 2 « vestiaires »/an afin que l’enfant soit correctement vêtu pour l’école…

 

NB – « tout » peut-être non neuf MAIS en bon état

 

 

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