EHM Mission juillet-août 2011 par Lily-Rose Lebel…

2011
08.31

Vendredi 22 juillet 18 h, le fourgon est chargé, c’est parti pour de nouvelles aventures.

Mikela et Sophie prennent la route à bord du Fourgon, si gentiment prêté par Xabi, direction Madrid pour « cueillir » Lily à l’aéroport. Entre parfum de brebis et odeurs variées de notre cher Pays-Basque le trajet se passe bien (c’est à noter !). Le timing est serré mais les baroudeuses arrivent à point nommé à l’aéroport alors que l’avion de Lily vient d’atterrir, heure locale : 23 h 15. On s’embrasse, on rigole et on charge – où il reste des trous – son paquetage.

On se dit que nous allons rouler quelques temps, puis, que nous ferons une halte réparatrice d’ici peu. L’ambiance est bon enfant et à trois dans le cockpit on se remémore des moments passés sur cette route. Il fait chaud quand même… Nous ne mettrons pas la musique à fond pour entériner la marche glorieuse car le poste fait défaut, il ne fonctionne pas. Qu’à cela ne tienne, il faut se booster pour ne pas s’endormir.

Les kilomètres défilent, nous convenons d’un arrêt stratégique : gazole, toilettes, repos.

Nous n’avions jamais su, en fait, ce qu’était la vie des sardines entassées à cinq dans leur petite boîte. Mais nous savons, désormais, ce que dormir à trois dans l’habitacle confiné du fourgon représente. Mikela se cale derrière le volant, Lily sert de trait d’union au milieu et Sophie est côté passager calée sur la porte. Cependant, nous sommes dans le sud de l’Espagne, donc… il fait chaud. On transpire, on blasphème et au final on opte pour la solution « D », dormir par terre dehors sur le bitume de la station service. Mikela et Lily s’imbriquent sur 2m2 de duvet à la belle étoile. Cette étoile n’a en fait que le nom de beau, car nos amis les moustiques sont au rendez-vous, plus entreprenant que jamais. Sophie aussi, essaye tant bien que mal de trouver le sommeil. On se tourne, on se retourne, mais en regardant les étoiles on se dit qu’il y en a forcément une pour nous protéger et la louons. Nous avons eu l’impression de faire le même rêve, toutes en même temps : pas du tout ! Deux monospaces se garent près de notre bivouac toute radio allumée : Reggaeton à fond ! On aime, mais bon, nos yeux piquent. Nous décidons de regagner l’intérieur du fourgon – un sauna ! – puis, finalement, de redescendre prendre un café au snack de la station service. Nous savons bien que le marchand de sable ne passera pas, donc, il est inutile de l’attendre.

Nous avons à peine la mine défaite (…!) et décidons de reprendre la route jusqu’à Algésiras.

Lorsque nous arrivons sans encombre (on note toujours ce détail) au port d’embarquement (samedi 23 juillet 13 h), il fait déjà très chaud. Billets de traversée en main, nous sommes dirigées par un préposé dans une certaine file. Ce que nous ne comprenons pas, c’est pourquoi tout le monde avance, sauf nous… Les voitures, et surtout leurs conducteurs, rivalisent d’ingéniosité pour passer les uns devant les autres. On transpire, on a chaud, on s’évente, on a soif, on se lyophilise et là et une superbe Renault Mégane nous fait la nique. Oui, Messieurs-Dames, pas de complexe. Le chauffeur ne regarde personne et double tout le monde. Il est immatriculé « 75 », cela doit sans doute lui conférer des droits que nous autres, pauvres habitants du « 64 » n’avons pas. Lily qui marine dans son jus depuis plusieurs heures n’y tient plus et, sans crier gare, s’extirpe du fourgon pour remettre à sa place ce malotru. Elle lui promet d’arracher son toupet et de le piétiner s’il continue. Entre temps, le fourgon est passé et le « toupet » reste derrière. Là encore, beaucoup de rires. On embarque !

 

Tanger, on débarque.

Les douaniers Marocains sont charmants et nous annoncent avec courtoisie que le fourgon va être « saisi ». Les lois ont changé depuis janvier 2011 et nous ne pouvons amener sur le sol Marocain, ni les vêtements (qu’ils soient usagés ou neufs), ni les ordinateurs car les démarches n’ont pas été faites dans les règles par les directeurs des écoles auxquelles ils sont destinés. Les pourparlers commencent. Entre temps un bateau Italien arrive et l’on nous demande gentiment de patienter sur le côté. Tu parles… on nous oublie oui ! Il fait chaud, on essaye de capter un regard, on se concerte, on trouve mille stratégies, en deux mots : « on en chie ».

On parlemente avec le directeur des douanes, avec le commandant, rien à faire. On nous prie gentiment d’aller rapporter notre cargaison en Europe, ou du moins en Espagne. On tourne, on vire, on garde notre calme, on louvoie, on barytone, on s’égosille… Le calme revenu, le directeur des douanes, à la vue de notre pauvre mine, accepte de laisser passer le fourgon contre un dédouanement du contenu, on rempli les formulaires, on paye, on s’en va : ENFIN !

On retrouve Simo, notre alter ego EHM au Maroc. On se congratule, on échange les dernières nouvelles, relatons les imbroglios avec la douane et reprenons la route pour Oued Lahoud, notre 1ère destination (région de Tétouan dans le RIF). La route est longue, semée d’embûches, un fourgon ce n’est pas une 4L et encore moins un 4×4.

Nous avons rendez-vous dans un petit village avec le directeur de l’école de ce village. Il fait nuit, il est tard, samedi 23 juillet 23 h 30. Nous nous disons que nous touchons au but, enfin, pour Oued Lahoud du moins. Il semble, d’après les indications qui nous ont été données, que ce village soit à une bouchée de kilomètres dans la vallée. Nous rencontrons Mohamed, directeur de la dite école, et l’invitons à prendre place dans notre véhicule. Nous sommes, maintenant, les quatre devant (chut…) donc, Simo monte à l’arrière et s’insère tant bien que mal entre les sacs, les ordinateurs et les colis. Simo est un vrai caméléon, il a cette faculté de se fondre dans le milieu environnant dans lequel il se trouve. Cependant Il sera à moitié assommé par une lourde valise (le mur des lamentations de Sophie ;)) qui lui tombe dessus, on s’arrête, on ouvre la porte, il nous dit que ça va et sourit, nous repartons.

Nous avançons, sereins.

Nous dépassons le premier village, la route devient sinueuse, pleine de trous, de boue, en fait, il n’y a plus de route !

Nous amorçons une montée à plus de 7%, sur un chemin de terre, le fourgon peine, tousse, craque et avance au ralenti. Nous demandons alors au directeur si l’école est encore loin, « non », nous répond-il, « environ 25 kilomètres… » Quoi ? 25 kilomètres ????? Il fait nuit noire, il n’y a pas d’éclairage, le fourgon est repu de marchandises tel une outre d’eau remplie à ras bord, la route est défoncée, des trous béants nous offrent leurs gueules à chaque instant et la conduite relève de l’exploit. Le frein à main ne fonctionne pas et nous souffrons, à chaque reprise du moteur, qui crache tout ce qu’il peut pour grimper.

Nous n’osons même pas penser à Simo, derrière, nous l’imaginons secoué, balloté dans tous les sens, dans le noir… Nous avons une pensée commune pour la pub « Orangina ».

On ne peut s’empêcher de demander à Mohamed le directeur, toutes les 30 minutes « c’est encore loin ? » – « non, non » nous répond-il depuis deux heures déjà.

Les kilomètres défilent – enfin.. à petite vitesse : 30 km/h pas plus – puis magie des magies nous finissons par arriver.

L’école est très mignonne et bien entretenue. Nous nous garons dans la cour et commençons à décharger les 5 ordinateurs (don de la faculté de Bayonne) à la petite école de Oued Lahoud-El Mouchen (suite de notre mission de février 2011) et des livres et jeux pour commencer une bibliothèque-ludothèque, des jouets pour le « jardin d’enfants » ouvrant à la rentrée et des fournitures scolaires…

Nous sommes épuisés, transpirants, haletants mais nos cœurs sont légers, légers… un petit pas de plus !

La liesse passée, nous devons reprendre la route… pour Rabat.

Le chemin « aller » se fait dans le sens « retour », ça descend, ça va mieux, mais nous sommes toujours très chargés. Nous arrivons dans la vallée très tard dans la nuit. Nous optons pour une petite pause. Les rideaux tombent pour une courte durée, un arrêt stratégique où l’on refait le monde, ou l’on prend un café et file sur Rabat.

Nous arrivons chez les parents de Simo, un refuge où le temps n’a pas de prise. Notre fatigue disparait à l’heure ou les sourires de cette famille adorable provoquent chez nous une sorte d’éblouissement admiratif.

Nous petit-déjeunons, dimanche 24 juillet 11h, revivons les moments forts de cette épopée, nous nous douchons (enfin ! et c’est pas du luxe) et nous nous endormons avec un grand sourire sur les lèvres…
Nous nous réveillons avec un objectif bien précis : l’Ecole Mouad Ibn Jabal du bidonville Sidi El Khadir à Casablanca où nous devons effectuer la livraison des 19 écrans d’ordinateurs (complétant la livraison des unités centrales de février 2011), pour la mise en place d’une salle informatique.
Nous avons aussi les kit-cartables, les fournitures scolaires, les jeux, les jouets, les livres et les colis « année scolaire 2011-2012″ pour les 53 enfants parrainés par nos parrains et marraines EHM de France et Pays Basque.
Casablanca n’est pas loin de rabat, nous y sommes assez vite. Ahmed le directeur est là, Simo l’a appelé pour le prévenir de notre arrivée imminente. Nous déchargeons la totalité du fourgon, les deux garçons s’activent et nous aussi (encore et toujours). Tout est arrivé à bon port. C’est lourd, c’est long mais quel plaisir… !

Pour débuter la semaine suivante, remise aux enfants parrainés de leur colis « rentrés scolaire », nous avons une alliée de choix : Kaltoum.
Kaltoum est institutrice dans un douar loin de la ville. Elle est une EHM’girl du Maroc et nous épaule dans nos échanges avec les « familles » de nos petits orphelins. Les femmes se livrent et comptent leur vie à Kaltoum, qui, avec une grande sensibilité, traduit chaque mot et chaque sentiment avec délicatesse et rigueur. Tous, nous n’eûmes aucun mal à l’aimer tendrement, car elle est bonne, généreuse, gaie, et pleine d’affection. Elle a aussi et surtout un grand sens de l’humour, ce qui ne gâte rien !

La remise des colis aux enfants et la mise au point administrative, à l’école, s’est étalée chaque après-midi jusqu’au 16 août.

La mission a été menée à bien, encore un round de gagné. Nous repartons plus légers, concrètement et sentimentalement.

Nous n’aurions pu faire cette route ni vivre toutes ces péripéties sans vous tous EHM’partenaires qui avez contribué à rendre cette mission réalisable.

Les parrains et marraines ont été avec nous à chaque instant, nous avons véhiculé votre soutien, transporté vos sentiments et votre amour à nos petits « de là-bas ».
Nous avons été pour un instant les acteurs, vous êtes à chaque instant les metteurs en scène et les producteurs, ce film n’aurait pas été sans votre appui.
Vous avez contribué à cette réussite : MERCI !
 

 

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